artfichier_800376_4789477_201505031428642 LE PARC DE LA PENSEE

 

 

La croyance qui handicape le plus l’être humain dans son comportement, sa pensée, son raisonnement, celle qui l’enferme le plus dans ses conditionnements, est l’idée fermement ancrée dans nos cerveaux que notre réalité à vivre se crée dans le présent, et qu’elle dépend donc directement de ce que nous faisons dans le présent. Supprimez cette croyance et vous révolutionnez toute la pensée humaine en la faisant sortir du parc de la pensée. C’est ce que j’appelle le panorama vu du col de l’Ange, sur l’illustration qui accompagne cette page.

 

Cette croyance nous rend sans cesse préoccupés dans le présent par notre futur, s’agissant d’apprendre à l’anticiper, à le prévoir, à le planifier, à le maîtriser, etc., le but étant de savoir comment agir dans le présent pour s’assurer le meilleur futur. Que devrais-je faire aujourd’hui ? Comment préparer ma rencontre avec untel ? Qu’aurais-je oublié pour ne pas assurer tel objectif ? Etc. Or nous allons voir qu’il y a là une erreur de raisonnement, en conséquence de quoi l’idée qui consiste à croire que notre futur dépend de notre présent finit par avoir une influence très négative sur nous tous.

 

Pourtant il est facile de constater que cette idée se heurte d’emblée à deux contradictions:

La première contradiction, c’est que si notre futur dépend de notre présent, alors il dépend forcément de tout notre passé, puisque notre passé a été composé d’instants présents innombrables dont dépendait notre futur. Ces instants ayant été infiniment plus nombreux que notre instant présent actuel, l’influence de ce présent actuel devrait logiquement être minime en comparaison. Nous serions en effet presque totalement conditionnés par notre passé, et non par notre présent.

La seconde contradiction, c’est que notre futur dépend essentiellement de nos intentions, qu’elles soient libres ou conditionnées (je ne considère pas ici la question de l’esprit). Or nous ne faisons le plus souvent rien dans le présent qui nous permette de réaliser nos intentions personnelles, et nous n’avons souvent même pas le temps d’y penser. Nous avons l’intention de prendre des vacances à tel endroit, mais dans le présent nous sommes en train de penser à notre travail. Nous avons l’intention de rendre visite à un ami la semaine prochaine, mais pour l’instant nous sommes occupés à autre chose. Pourtant notre futur va bel et bien se dessiner en fonction d’une bonne partie de nos intentions, sans qu’il soit nécessaire de nous les rappeler à l’esprit en permanence. Quelques secondes suffiront au moment opportun pour se les rappeler et prendre en cinq minutes les dispositions nécessaires, et encore moins de temps lorsque nous ne savons même pas comment les réaliser et que l’opportunité nous en est offerte par hasard sur un plateau.

 

Donc, au vu de ces deux constats, la réalité est que notre futur dépend beaucoup moins de notre présent que de notre passé, puisqu’il faut y ajouter nos intentions, celles-ci ayant été émises tout au long de notre passé. Pourquoi donc se soucier du futur dans le présent ? Parce que notre réalité se créerait dans le présent ? Rien de plus faux !

 

J’ai passé ma vie à développer des codes de calcul (programmes informatiques) qui permettaient de prévoir l’évolution de systèmes à partir de conditions initiales, et mieux encore à faire des appareillages de mesures « temps réel » sur des systèmes pour calculer leur comportement dans le futur, après avoir démarré ma carrière juste au moment de l’explosion informatique. A peine née, l’informatique permettait ainsi de calculer toutes sortes de futurs à partir du passé et de mesures faites dans le présent, au moins en partie. Croyez vous que l’univers en soit incapable ?

 

Admettons que oui, c’est à dire admettons que l’univers ne dispose pas de notre génie informatique embryonnaire, ou qu’il soit un mécanicien tellement paresseux ou économe qu’il ne calcule et ne pose que les briques qui façonnent notre réalité présente: il attendrait ainsi que nous vivions cette réalité pour poser les briques suivantes. Pourtant la physique nous apprend qu’il n’en a pas besoin. Mais admettons qu’il nous attende parce qu’il en profite pour se reposer, admettons que ses calculs soient compliqués, un peu comme s’il se disait: à quoi bon calculer la suite puisqu’elle n’est encore vécue par personne ? Le problème, c’est que la physique nous apprend que ceci est impossible, car il n’existe aucun moment avant lequel tout serait créé et après lequel rien du tout. S’il existait un tel moment présent pour la création, il pourrait exister des choses qui simultanément existeraient, n’existeraient plus ou n’existeraient pas encore, suivant le point de vue où l’on se place.

 

Que se passe-t-il donc maintenant si notre réalité est déjà crée dans notre futur et qu’elle dépend essentiellement de notre passé, ainsi que de la somme de toutes nos intentions émises dans notre passé ? La réponse est simple: nous allons automatiquement vers le futur que nous avons déjà créé dans notre passé. Que faire du présent, alors ?

 

Nous en arrivons peu à peu à la prise de conscience que j’essaie de déclencher par ces écrits: ce qu’il faut faire dans le présent, c’est d’une part accueillir notre futur, c’est à dire faire ce que nous avons à faire tout naturellement, automatiquement, comme une sorte de joyeux robot, sans se poser de questions autres que celles qui sont nécessaires à l’accomplissement de notre action en cours, cette action faisant partie de l’accueil de notre futur puisqu’elle s’est déjà réalisée à l’avance, avant que nous en soyons conscients. D’autre part, étant donné que nous ne sommes pas livrés perpétuellement à des actions, il nous reste de nombreux moments pour ne rien faire et ne plus être un robot, auquel cas il semble naturel que le mieux à faire serait d’accorder un maximum de soins relatifs à nos intentions, puisqu’elles vont alimenter un passé qui va lui-même déterminer notre futur. Or c’est là que le bas blesse, car lorsque nous examinons nos intentions, nous sélectionnons forcément celles qui ne se sont pas encore réalisées, or ceci nous renvoie à toutes nos intentions non réalisées, qui se sont accumulées dans notre passé. Nous sommes alors tentés de constater notre échec, nos difficultés, nos problèmes, ce qui nous fait tomber dans un examen de conscience dévalorisant relatif à notre passé, en totale contradiction avec le but de toute intention qui est de construire notre avenir.

 

Il en résulte que nous polluons le plus souvent notre présent avec des intentions sans cesse remises en question, au lieu de nous contenter de les confirmer, tout simplement, et de ne plus y penser pour utiliser notre présent libre à autre chose: contemplation, méditation, joie de vivre…. Nous utilisons ainsi le présent pour ressasser, pour corriger toutes nos intentions passées, et il finit ainsi par s’accumuler dans notre passé une somme d’intentions aussi contradictoires les unes que les autres, à force de remises en question. Il s’ensuit que notre futur devient désordonné, à l’image d’un passé qui a accumulé des intentions contradictoires, et que nous annulons ainsi dans le présent tout effet bénéfique de nos intentions qui aurait été déjà réalisé dans notre futur conformément à ce que nous souhaitons.

 

Moralité, nous ne faisons ainsi qu’entretenir l’erreur de considérer notre futur comme se réalisant dans notre présent, puis qu’effectivement nous passons notre temps dans le présent à déconstruire un futur déjà réalisé par notre passé, sous le prétexte que nous en doutons, alors même que quelque chose y existe pourtant forcément et nous attend. Nous justifions ainsi cette erreur en la faisant devenir une vérité partielle en annulant tout ce qui a déjà été préparé dans notre futur à long terme comme résultat de nos intentions passées. Il en résulte que notre fenêtre de création de notre réalité future s’amenuise à de courtes périodes, le problème étant que ce qui nous arrive à long terme finit par dépendre d’autres volontés que la nôtre. Petit à petit, nous finissons même par fonctionner encore moins bien qu’un robot qui pour sa part conserve au moins une intention créatrice durable, celle qui est programmée dans son cerveau depuis sa création.

 

Donc l’idée que notre réalité se construit dans notre présent finit non seulement par s’auto-justifier partiellement, mais surtout par profiter à tous ceux qui veulent construire notre futur à notre place, car il faut bien que les vides que nous avons laissé dans notre futur soient comblés. Or je ne vais pas mettre ici les points sur les « i », il vous suffit de considérer l’organisation profonde de notre société (apparente ou non) pour savoir ce qui a pris en charge notre futur à long terme, et pour mieux le comprendre, il est utile de considérer que le raisonnement que je viens de vous tenir a pour conclusion un savoir multi-millénaire. Beaucoup de nos ancêtres n’avaient cependant pas besoin de faire ce raisonnement pour savoir que nos pensées, sources de nos intentions, construisaient notre futur à long terme, car les origines de ce savoir ne sont pas seulement scientifiques. Les grands maîtres de nos religions ont tenté d’instruire le public, mais ils ne pouvaient pas l’expliquer de la façon dont je vous l’expose. Par ailleurs il existe une bonne raison de déformer ce savoir ou de le maintenir strictement dans le domaine occulte, qui expliquerait pourquoi ne l’apprenons toujours pas sur les bancs de l’école, ne serait-ce qu’à titre d’hypothèse. Cette raison est que si nous ne savons pas nous-mêmes comment se construit notre futur et savons encore moins comment il peut être construit par d’autres, alors cela arrange bien les autres en question, en l’occurrence ceux qui savent.

 

Rassurez vous, aujourd’hui il y a quelque chose de changé, car tout ce que je viens de vous dire est devenu scientifiquement recevable, voire extrêmement probable et même certain si on fait des recoupements avec des connaissances et observations hors champ (de la physique), car les théories physiques alternatives comme celles des univers parallèles ou de l’espace-temps figé sont en comparaison vraiment ésotériques, pour ne pas dire irrationnelles.

 

 

Notez que je n’ai absolument pas parlé ici de l’influence de l’esprit mais seulement du mental, sur notre futur. Cela ne servait à rien car l’influence de l’esprit transite de toute façon par le mental. Si j’avais développé les conséquences (extraordinaires) de cette influence de l’esprit sur le mental, j’aurais limité la portée de cette page à un public qui se trouve déjà plus ou moins en dehors du parc de la pensée, quoique souvent embourbé dans le marécage de la conscience. Cette page est donc plus particulièrement destinée aux prisonniers du parc, c’est à dire aux rationalistes matérialistes qui ignorent que le vrai territoire de la raison est beaucoup plus étendu qu’ils ne le pensent. Qu’ils retournent donc à l’école, serais-je tenté de leur dire, mais le problème est qu’on enseigne pas encore cela dans les universités.

 

 

Retenez donc que même sans esprit, c’est à dire de façon totalement matérialiste, notre réalité future se crée vraiment à partir de nos pensées, bien avant le futur créé par nos actes seuls. Or actes ou pensées proviennent tous deux de notre conscience. Il s’ensuit que la conscience, notre collectif de consciences, a un rôle premier à jouer dans la construction de notre futur commun.

Ceci est la meilleure conclusion à laquelle la science et la technologie vont nous mener à coup sûr dans les années qui viennent. 

Source: Article de Philippe Guillemant – Chercheur au C.N.R.S.